LE COURRIER – LUNDI 17 MAI 2010. Pour la première fois, la Suisse dispose d’une statistique présentant l’ensemble des infractions commises dans le pays. Olivier Guéniat, chef de la police de sûreté de Neuchâtel et criminologue de renom, commente ces chiffres et bat en brèche quelques idées reçues. Il constate notamment que les mineurs commettent moins de délits qu’avant et exclut toute corrélation entre nationalité et passage à l’acte. Quant à l’initiative pour le renvoi des criminels étrangers, elle n’aura aucune influence sur la criminalité. Interview (page 3 du Courrier du 17 mai)

PROPOS RECUEILLIS PAR JULIEN BAUMANN

Les étrangers et les jeunes commettent proportionnellement davantage de délits que les autres citoyens. C’est ce que montre la nouvelle statistique policière sur la criminalité. Publiée en mars dernier, elle présente pour la première fois un panorama global des infractions commises en Suisse. Comment interpréter ces chiffres? A qui profite le débat sécuritaire? Sur ces questions, le regard pragmatique d’Olivier Guéniat, criminologue et chef de la police de sûreté du canton de Neuchâtel.

Y a-t-il une corrélation entre nationalité et criminalité?

Olivier Guéniat: La nationalité n’a aucune incidence sur le passage à l’acte. La criminalité se définit grâce à une vingtaine de variables, réparties en quatre grands groupes. Par exemple, le background d’une personne, c’est-à-dire le sexe, l’âge et la classe sociale, vont jouer un rôle. Le contexte familial et l’environnement dans lequel un individu évolue. Et le plus important, la situation scolaire ou socioprofessionnelle. Il n’y a rien de plus risqué pour une personne que de ne pas pouvoir se projeter dans l’avenir. Quelle que soit la couleur du passeport, si ces variables sont réunies, il y a plus de 80% de risque qu’un individu passe à l’acte.

Je n’aime pas l’utilisation du terme «étrangers» pour analyser la criminalité. Il donne l’illusion qu’ils forment un tout indissociable alors qu’il en existe plusieurs catégories. On ne peut pas comparer un détenteur de permis C à une personne qui n’a aucun statut en Suisse. Un migrant allemand travaillant à Zurich n’a pas la même perspective qu’un Somalien qui fuit son pays en guerre.

Certains de ces chiffres vont être repris en politique, pendant la campagne touchant à l’initiative pour le renvoi des étrangers criminels. N’y a-t-il pas risque de manipulation?

Tant que les partis respectent les chiffres, ils peuvent leur donner l’orientation politique qu’ils souhaitent. Ce n’est pas à moi de leur dire ce qu’ils ont à faire. Par contre, il n’est plus possible d’affirmer n’importe quoi! Nous savons maintenant que le 99% du trafic de stupéfiants n’est pas l’oeuvre des Africains. A propos de l’initiative, je pense qu’elle n’aura pas d’incidence sur la criminalité, ni sur le sentiment d’insécurité, ni sur le risque réel qu’encourt la population. Nous allons voter pour savoir s’il faut renvoyer 800 ou 1500 personnes. L’effet de ces renvois sur les quelque 670’000 infractions commises en Suisse est négligeable.

L’interview entier est disponible aux abonné.e.s dans les archives du courrier.

Argumente und Vergleich geltendes Recht/Initiative/Gegenvorschlag

Kriminalität oder Kriminalisierung / Criminalisation des étrangers (Sosf Dossier)

Solidarité sans frontières hat ein im Bulletin 2010/02 ein Dossier zum Thema “Kriminalität oder Kriminalisierung…?” erarbeitet. Eine lesenswerte Hintergrundinformation.

Solidarié sans frontières, dans le Bulletin 2010/02 a publié un Dossier sur le sujet “Initiative sur les renvois/criminalisation des étrangers” qui vaut bien la lécture:

Hintergrundinfo zum Schlagwort “Ausländerkriminalität”

  • Brüchert, Oliver: Die Ausländerkriminalität sinkt nicht! – Der Zusammenhang von Kriminalstatistik und Rassismus. In: Bürgerrechte & Polizei/CILIP 65 (1/2000)
    Mit Statistiken lässt sich ohne offenkundige Fälschung und Täuschungsabsicht Schindluder treiben. Es reicht, zu wenig Angaben über die Erhebung der Daten und die verwendeten Auswertungsverfahren zu machen. Eine erfreuliche Ausnahme stellt die “Polizeiliche Kriminalstatistik” (PKS) dar, die u.a. aufgrund der langen kontinuierlichen Erhebung vielfältige Informationen für eine sorgfältige Interpretation enthält. Dennoch wird regelmäßig unter Berufung auf die PKS von steigender oder sinkender “Ausländerkriminalität” berichtet. Richtig gelesen enthält die PKS keine Daten über “Ausländerkriminalität”, sehr wohl aber über Rassismus.
  • Narr, Wolf-Dieter: Kriminalpolitische Kategorie: Ausländer – “Fürchte deinen Nächsten wie dich selbst”. In: Bürgerrechte & Polizei/CILIP 65 (1/2000)
    “Wer das Gastrecht missbraucht, für den gibt es nur eins: raus und zwar schnell,” so der heutige Bundeskanzler Gerhard Schröder am 20. Juli 1997. Die Konstruktion des “Ausländers” als kriminellen Kraftprotzes ist das ideale Unterfutter für eine populistische Wahlmobilisierung.

10.2.2010 / Tant l’initiative de l’UDC que le contre-projet direct proposé par les libéraux-radicaux sont juridiquement indigestes, écrit Alex Dépraz dans le domaine publique n° 1857. Sa conclusion: Les slogans de l’UDC – repris en l’occurrence pas le PLR – ne résistent pas à un examen minutieux: les propositions de ces deux partis se révèlent en partie contradictoires et inapplicables. Probablement parce que le véritable objectif n’est pas de proposer des solutions propres à résoudre un problème, mais de construire un discours bâti sur le rejet de l’autre.

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16.7.2007 / L’initiative de l’UDC pour le renvoi des étrangers criminels s’inscrit dans un courant général inquiétant, ecrit Alex Dépraz dans Domaine Public n° 1740.

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